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La Guerre des boutons et autres dangerosités

Photo: Bernard Brault, La Presse

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<p>Jacques Duval</p>

Jacques Duval | monvolant.ca

Publié le 21 octobre 2009 | Mise à jour le 21 octobre 2009 à 13h48

Comme le civisme, la sécurité automobile est une foule de petites choses. Les constructeurs automobiles n'adhèrent malheureusement pas à cette assertion.

Leur discours et leurs gestes sont souvent en parfaite contradiction avec leur supposée préoccupation du bien-être et de la sécurité de leur clientèle. Depuis déjà plusieurs années, on nous vante les mérites des coussins gonflables qui ne cessent de se multiplier, au point où l'intérieur de nos voitures sera bientôt tapissé entièrement de ces enveloppes de sauvetage. Cet ajout fait pourtant partie de ce que l'on appelle la sécurité passive d'un véhicule automobile, celle qui n'est pas toujours la plus souhaitable. Elle est ainsi nommée parce qu'elle ne joue son rôle qu'une fois l'accident survenu tandis que la sécurité active est celle qui a son mot à dire dans la prévention des accidents.

 

Ainsi, de meilleurs freins, par exemple, font partie de la sécurité active alors qu'un tableau de bord rembourré est un élément qui s'associe à la sécurité passive.

 

Qui gagnera la guerre des boutons? La console centrale des voitures modernes est souvent embrouillée par une pléthore de commandes dont l'utilisation est parfois dangereuse.

Qui gagnera la guerre des boutons? La console centrale des voitures modernes est souvent embrouillée par une pléthore de commandes dont l'utilisation est parfois dangereuse.

Photo Jacques Duval, collaboration spéciale

40 boutons pour vous distraire

 

Une voiture sécuritaire doit donc offrir un juste équilibre entre les deux. Or, la plupart des constructeurs nous donnent d'un côté ce qu'ils nous enlèvent de l'autre. Ainsi, les avertisseurs de la présence d'un véhicule dans votre angle mort sont une nouveauté louable mais, à côté de ça, on voit se répandre telle une maladie contagieuse une myriade de boutons disséminés sur la console centrale d'un grand nombre de voitures. Dans les trois dernières voitures dont j'ai fait l'essai, j'en ai compté entre 38 et 45 dont les fonctions sont souvent illisibles et qui constituent un élément de distraction beaucoup plus dérangeant que le téléphone cellulaire mains libres. Certains de ces boutons exigent jusqu'à trois clics pour une opération aussi simple que de syntoniser un poste de radio. Plus encore, dans chacune des voitures précitées, j'ai mis au moins 10 minutes à décoder le fonctionnement de la radio en roulant puisque, comme tous les automobilistes, je me suis refusé à lire un manuel d'instructions de 550 pages pour apprendre comment y arriver. L'inventeur de ces «aides à la conduite» (?) n'a sans doute jamais appris que «le temps, c'est de l'argent».

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Et il n'y a pas que la chaîne audio qui retient toute l'attention que vous devriez porter à la route. Que la personne qui s'est arrêtée pour programmer son système de navigation par satellite au lieu de le faire en roulant après avoir appuyé sur le bouton qui exonère le constructeur de toute poursuite advenant un accident lève la main...

 

Dans plusieurs voitures, la visibilité arrière est si mauvaise qu'il faut s'en remettre à une caméra de recul pour y voir quelque chose. Une option coûteuse.

Dans plusieurs voitures, la visibilité arrière est si mauvaise qu'il faut s'en remettre à une caméra de recul pour y voir quelque chose. Une option coûteuse.

Photo Jacques Duval, collaboration spéciale

Caméra obligatoire

 

Cette guerre des boutons n'est pas le seul péché dont les constructeurs se rendent coupables, croyez-moi. Les trois mêmes voitures essayées récemment étaient affligées d'une visibilité arrière absolument atroce. La Ford Taurus SHO, par exemple, possède un postérieur si élevé qu'il n'est pas possible de repérer un objet ou un enfant placé près de la voiture au moment de faire marche arrière. Quant aux deux autres (Buick LaCrosse et Lexus HS 250h), leur lunette arrière très étroite souffre aussi de la présence des appuie-tête. La seule façon de régler le problème est de cocher l'option de la caméra de recul sur la liste des options, un luxe qui n'est pas donné et auquel, si vous êtes comme moi, vous ne faites pas entièrement confiance. Morale de l'histoire: dessinons des automobiles dont la visibilité arrière est précaire et l'on vendra plus de caméras de recul.

 

Pub dangereuse

 

Parmi les autres dangerosités auxquelles les automobilistes doivent faire face, il y a les panneaux publicitaires qui jonchent nos routes. Je vous fais grâce de la grande majorité des réclames qui captent autant notre attention que les élections municipales et je pense davantage à celles consacrées, par exemple, aux sous-vêtements féminins qui, il ne faut pas se le cacher, ont un pouvoir d'attraction infiniment plus élevé. En lorgnant vers ces pubs, ne serait-ce qu'une seconde, le conducteur n'est plus accaparé à 100 % par la conduite de son véhicule. Il y a aussi ces panneaux réclames plus sérieux juchés dans le ciel à la sortie du pont Jacques Cartier, côté Montréal, et dont les messages aussi curieux qu'illisibles incitent les passants à tenter de déchiffrer ce qui est écrit.

 

Si les automobilistes doivent consacrer toute leur attention à la route comme le veulent nos campagnes de sécurité et les nouveaux règlements du Code de la route, il faudrait être conséquent et interdire de transformer les abords de nos routes en foires publicitaires destinées à capter l'attention des conducteurs et conductrices qui sont déjà occupés à une tâche beaucoup plus sérieuse.

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