Mais ici, persévérer ne veut pas dire créer. En effet, il faut savoir que Mercedes n'a pas été l'instigateur du projet, mais plutôt le mandataire: le créateur de la Smart s'appelle Nicolas Hayek; c'est le grand patron du groupe Swatch. Dans les années 90, c'est lui qui a eu cette idée toute simple: révolutionner le transport urbain en créant une voiture peu coûteuse, qui se joue des embouteillages en polluant le moins possible grâce à une motorisation hybride. Le concept a plu à Mercedes, qui a cependant refusé de s'engager dans la mise au point de la mécanique hybride. Nicolas Hayek s'est retiré du projet et la Swatchmobile est devenue la Smart. Voilà pour la petite histoire.
Le succès que remporte aujourd'hui la Smart satisfait doublement Mercedes. D'abord, elle permet à la marque de se positionner dans un créneau appelé à croître de façon exponentielle au cours des prochaines années. Mais elle préserve également le droit du constructeur de produire de grosses cylindrées. Il faut savoir que les normes fixées notamment par les gouvernements européens et américains dans leur lutte contre la pollution atmosphérique (réduction des émissions et de la consommation) visent la gamme complète d'un constructeur. En gros, cela veut dire que pour vendre de grosses cylindrées, il faut vendre autant de petites, puisque les objectifs sont fixés sur la moyenne de chaque groupe automobile. Bref, une Smart compense une Mercedes à grosse cylindrée.
Si l'on considère la mission de Smart, l'arrivée d'une version Brabus au catalogue peut sembler contradictoire. Vous ne connaissez pas Brabus? Il s'agit d'un préparateur allemand dont le mandat est d'injecter un supplément de vitamines aux Mercedes de série. Son fondateur adore les Mercedes, mais les veut tout aussi sportives que des Ferrari. Alors, pour le bénéfice d'une clientèle Mercedes qui partage la même vision, Brabus transforme des Mercedes, comme Alpina modifie des BMW. Pour arrondir ses fins de mois, Brabus "retouche" un certain nombre de ForTwo pour le compte de Smart.
La ForTwo Brabus dont il est question ici a des jantes et des pneus spécifiques (15 po à l'avant, 17 po à l'arrière), deux sorties d'échappement chromées réunies au centre d'une plaque perforée, des bas de caisse évasés, une calandre arborant le nom du préparateur, un bouclier avant plus aérodynamique ainsi qu'un décalque sur le clapet du réservoir d'essence. À l'intérieur, les pédales sont couvertes d'aluminium, les couvre-tapis sont ornés d'un logo Brabus et quelques accessoires généralement offerts en option sont, ici, de série. Il manque toujours cependant un régulateur de vitesse pour rendre les longs trajets plus agréables.
Cette voiture est plus sportive dans sa présentation, mais la transformation demeure très légère car il n'y a pas plus de puissance sous l'accélérateur. La Brabus reprend intégralement la mécanique de la version régulière. Conséquemment, le prix demandé paraît plutôt indigeste, à moins bien entendu d'être un passionné. Et il y en a. Même au Québec. Vous les trouverez tous et toutes à cette adresse très utile: www.clubsmart.qc.ca.
Mécanique d'origine
Pur exercice de style, la ForTwo Brabus promet toutefois qu'il y aura du sport, du vrai. En effet, contrairement aux sportives actuelles dont les performances ne cessent d'augmenter à mesure que s'amenuisent les sensations qu'elles procurent, cette Smart fait en quelque sorte l'inverse. Les performances demeurent les mêmes, c'est-à-dire timides. À 100 km/h, on touche pratiquement la limite.
Les performances du trois-cylindres d'origine Mitsubishi demeurent à nos yeux moins convaincantes que celles du turbodiesel de 800 cc qui l'animait autrefois. Ce dernier lançait la Smart avec plus de force et se révélait plus prompt malgré sa plage d'utilisation limitée. Et il aurait sans doute été encore plus performant avec la boîte robotisée à cinq rapports qui accompagne l'actuelle version à essence. Cette dernière ne vous balance pratiquement plus la tête dans le pare-brise à chaque passage de vitesse (en mode manuel ou automatique). On se demande en fait pourquoi Smart ne se convertit pas à la boîte à variation continue (CVT), qui serait sans doute mieux adaptée encore à ses voitures.
Les pneus surdimensionnés ajoutent à l'équilibre, garantissent une meilleure tenue de route, mais cela ne veut pas dire non plus que cette Smart s'amuse de brusques changements de cap ou demeure insensible au vent latéral. Contrairement à la génération précédente, cependant, on ne s'inquiète plus de dévier de notre trajectoire aussitôt que quelqu'un se met à éternuer au bord de la route. Cela dit, même si les suspensions profitent d'un meilleur débattement, elles demeurent fermes, voire inconfortables sur certains revêtements. Est-ce pour compenser cet inconvénient que le rembourrage des baquets est aussi généreux?
Même si elle s'est allongée de près de 200 mm, même si la visibilité de trois quarts arrière demeure problématique, la ForTwo demeure l'idéal pour se garer dans un trou de souris ou se faufiler dans les rues les plus étroites.
Si cette Brabus se révèle un joli prétexte pour remettre Smart sous les projecteurs, il y a tout lieu de souhaiter que le constructeur annoncera sous peu de nouvelles avancées s'il veut demeurer à l'avant-garde. Car, mine de rien, sa mainmise dans cette catégorie ne durera pas éternellement. Toyota jongle avec l'idée de proposer en Amérique sa iQ sous sa bannière Scion, tandis que Volkswagen s'apprête à dévoiler la version définitive de la UP!, une autre microvoiture.
Smart - fortwo 2010: À chacun sa Smart
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