Malgré ses déboires de fiabilité qui ont entaché les débuts de la huitième génération, la E demeure une incontournable dans la planète stellaire de Mercedes. Son héritière, la neuvième du nom, qui prendra la pose en juillet prochain dans les salles d'exposition, n'entend courir aucun risque et évoluera par petites touches. Ce qui ne l'empêchera pas d'être à la pointe de la technologie.
Cette Classe E est l'héritière d'une lignée lancée en 1953 avec le modèle 180, et dont le succès s'est confirmé au fil du temps. Au point que cette berline est aujourd'hui la plus vendue au monde dans sa catégorie. Pour preuve, en Allemagne, son pays d'origine, elle s'accapare à elle seule 40% de son segment de marché. Pas question de prendre le risque de choquer des clients plutôt conservateurs dans l'âme. La nouvelle Classe E se présente, dans un premier temps, sous la forme d'une berline (un coupé, une familiale et un cabriolet se trouvent dans le pipeline du constructeur allemand) aux dimensions amplifiées par rapport à l'ancienne. Et pour bien marquer la différence, les phares polis comme des pierres précieuses remplacent les optiques ovoïdes actuelles. Par contre, l'étoile plantée à l'extrémité du capot demeure...
Au-delà du style plus tendu et ses références au passé, il y a le coefficient de traînée aérodynamique (Cx) plutôt remarquable de cette opulente berline qui se chiffre à 0,25, soit le même que celui de la nouvelle Prius (troisième génération) dont il sera question dans notre banc d'essai de la semaine prochaine. Remarquable, disions-nous, considérant la taille de cette Mercedes par rapport à la plus verte des Toyota. Mais comparons-la plutôt à la Classe E actuelle en soulignant que la nouvelle est plus longue, plus large et plus basse, mais l'habitacle n'apparaît pas vraiment plus vaste que l'ancien.
Et puisqu'il est question d'espace intérieur, mentionnons que Mercedes propose (et le client dispose de) deux configurations: quatre ou cinq places. En effet, il est possible de substituer la traditionnelle banquette arrière pour deux sièges individuels.
La tendance est aux formes géométriques à Mercedes et la Classe E ne fait pas exception. Les rondeurs de l'ancienne ont disparu au profit de formes plus franches et un tantinet rétro, ce qui ne sera pas pour déplaire à ceux qui prétendent (souvent à tort) qu'anciennement les voitures avaient l'air plus solides.
Chose certaine, n'eût été de la combinaison de couleurs, du choix et du fini des garnitures (bois, aluminium, mat ou brillant), de la qualité des matériaux utilisés et de l'ambiance créée par l'éclairage, cet habitacle aurait été qualifié de glacial. Certaines commandes le sont. Comme ce sélecteur de vitesses à impulsion qui n'aime visiblement pas se faire bousculer par une main nerveuse ou encore cette commande de régulateur de vitesse que l'on confond aisément (et régulièrement aussi) avec celle des clignotants. Et que dire de cette climatisation difficile à régler et dont on ne tire réellement profit de l'éventail des fonctionnalités qu'en se farcissant un chapitre complet du manuel du propriétaire. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?
Chose certaine, une lecture approfondie du manuel s'impose tout de même pour bien saisir les - trop nombreuses - technologies intégrées à cette berline. En effet, comment interpréter ce voyant lumineux qui symbolise une tasse de café bien chaude (détecteur de somnolence, il est temps de faire une pause) ou ces vibrations ressenties dans le volant (alerte de franchissement de ligne)? Par chance, au Canada, nous n'aurons pas à nous inquiéter d'un rappel de la limite de vitesse permise comme c'est le cas en Europe où toutes les E ont la faculté de «lire» les panneaux de limitation de vitesse.
Ces multiples innovations ne figureront pas toutes sur la liste des caractéristiques de série de tous les modèles offerts sur le marché canadien. Encore trop tôt pour dire de combien de dollars votre concessionnaire soulagera votre portefeuille, mais chose certaine, ne prenez pas de chance: apportez votre chéquier.
En Europe, Mercedes ne manque pas d'arguments pour convaincre ses fidèles de son engagement envers l'environnement. Il faut savoir en effet que sur le Vieux Continent, la Classe E soulève son capot à bien des mécaniques, y compris des 4-cylindres (essence ou diesel). Ce sont ces dernières qui affichent les progrès les plus notables en matière de consommation et d'émissions polluantes.
Au Canada, où la firme commercialisera trois livrées (la version diesel n'apparaîtra qu'au printemps 2010 et sans l'indispensable rouage 4Matic) mues par 6 cylindres (3,5 l) ou de 8 cylindres (5,5 l et 6,3 l), les gains sont moins frappants. Selon le constructeur allemand, la consommation du 3,5-litres a été abaissée de 0,7 L/100 km alors que le 5,5-litres ingurgite 1 L/100 km de moins. Les gains peuvent sembler modestes si l'on considère la somme des transformations apportées par les motoristes, lesquelles consistent essentiellement à «couper les vivres» à l'alternateur, à la servodirection et à la pompe de climatisation lorsque ceux-ci ne sont pas sollicités. Pas de coupure automatique à l'arrêt, ni de dispositif désactivant les cylindres, cependant. Pour améliorer le bilan environnemental de la E, Stuttgart greffe de série sur tous ses modèles une boîte semi-automatique à sept rapports dont le rapport de pont a été modifié et allège de 20% le poids de son rouage intégral 4Matic.
Après avoir fait l'essai de toutes les livrées qui seront offertes au Canada, pour nous, le bon choix est la E350, qui prévoit de série le 4Matic (la version diesel, au demeurant impressionnante, ne l'offrira pas) et surtout un comportement plus dynamique que la E550 qui bénéficie pourtant d'une suspension pneumatique et d'une mécanique au coeur gros comme ça. Les performances globales (accélération et reprises) de la 350 suffisent amplement et son poids inférieur lui procure une plus grande agilité, surtout sur routes sinueuses. Musclé à bas régime, ce moteur ne grimpe cependant pas aisément dans les tours à moins que ce ne soit la gestion «économique» de la boîte de vitesses qui lui délace les espadrilles de la sorte.
À moins d'être un inconditionnel de Mercedes, on peut à juste titre percevoir que la direction manque toujours de rappel en plus d'être floue en position centrale et que la caisse «roule» dans les virages plus qu'une Série 5 ou encore qu'une A6. En revanche, par rapport à ses concurrentes précitées, la E demeure la plus confortable sur un voyage au long cours. Prévenante et sécurisante à conduire, la nouvelle Classe E rassurera les adeptes de la marque à l'étoile, mais les autres attendront de connaître les prix proposés avant de la considérer.
Les frais de transport et d'hébergement pour ce reportage ont été payés par Mercedes-Benz du Canada.
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