Cadillac, symbole de la berline de luxe américaine, produisant un roadster... C'était difficile à imaginer et pourtant, la XLR issue de l'étude conceptuelle Evoq présentée en 1999 connaît depuis maintenant cinq ans les joies de la production en (petite) série. Vu la somme exigée pour l'acquérir et la capacité d'assemblage de l'usine de Bowling Green, berceau de l'immortelle Corvette, cela n'a rien d'étonnant.
Sa rareté, sans doute, fait oublier son âge, puisqu'avec son fuselage d'avion de chasse, la XLR dévisse encore bien des cous sur son passage. Selon les canons de la beauté classique, admirablement illustrés par la XK de Jaguar, par exemple, la XLR ne peut être qualifiée de belle. Mais fascinante, ça oui ! Et ce pouvoir de fascination ne s'arrête pas à la longue porte dépourvue de poignée de la XLR.
Contrairement à la Corvette, nul besoin de talents de contorsionniste pour s'enfoncer dans les deux baquets dont les paumes en cuir vous accueillent avec la chaleur d'une poignée de main. La cabine est large, et même si la console centrale marque une scissure entre le conducteur et son passager, on ne se sent nullement à l'étroit. Derrière le - trop grand - volant réglable en hauteur comme en profondeur, l'instrumentation est complète et lisible. La présentation est sobre en raison d'un cachet plus luxueux que sportif avec ses appliques de bois et d'aluminium.

Couverture du livre L'Auto 2009 des éditions La Presse.
AU FIL DES KILOMÈTRES
Contact. Le V8 s'anime discrètement. Puis, une pression sur l'un des boutons montés sur la console centrale, et le toit fait son cinéma. Extraordinaire. On se régale à chaque présentation de cette chorégraphie de vitres et de panneaux se pliant savamment pour se glisser comme une feuille sous une porte dans le coffre. Le V8 Northstar de la XLR est sans doute l'un des moteurs les plus sophistiqués produits actuellement par General Motors. Souple, docile, ce moteur engloutit allègrement près de 15 litres aux 100 km.
Cela donne sur la route un roadster performant, efficace en reprises. Si ce V8 possède une sonorité agréable (grave et caverneuse), sa poussée n'est pas démoniaque. Avec 1726 kg à pousser pour 320 chevaux, le rapport poids-puissance de la XLR ne lui permet pas de rivaliser avec une XKR par exemple. Par contre, elle surclasse aisément une SC430.
Le moteur a beau ne pas être très démonstratif, il sait tout de même animer joyeusement cette Cadillac. Et surtout, il file le parfait bonheur grâce à la transmission semi-automatique qui l'accompagne. Pour plus de sensations « sport », on peut toujours s'employer à baratter le levier pour enfiler manuellement les rapports, mais à quoi bon, la XLR n'aime pas être malmenée à moins d'avoir le suffixe V (443 chevaux) planté dans la calandre. Sur une chaussée mal pavée, le châssis s'avère suffisamment rigide pour éviter au volant et au rétroviseur intérieur de souffrir de la tremblote. La prise de roulis est inexistante et les trous et les bosses sont fermement amortis sans être pour autant être inconfortables.
La XLR séduit par sa facilité de conduite et parvient à faire oublier ses dimensions extérieures imposantes. En ville, un radar de stationnement arrière permet de la garer sans devoir sortir la tête du cockpit, mais attention tout de même, sa carrosserie est dépourvue de toute structure protectrice périphérique. Une fois la ville dans le rétroviseur, tout va bien au rythme de la promenade.
Outre son dispositif de correction de la trajectoire (Stabilitrak), qui bride ses élans, il y a la monte pneumatique qui privilégie le confort de roulement à l'adhérence à tout crin. Mais la direction est sans doute l'aspect le plus décevant de cette XLR. Les réglages d'assistance ont pour effet de gommer les sensations transmises par les roues directrices et nous privent d'indications utiles sur l'adhérence.
L'autre déception touche le freinage ou plus précisément la distance nécessaire pour immobiliser l'engin. Même si la pédale est facile à moduler et conserve sa progressivité, reste qu'elle met quelques mètres de trop pour s'immobiliser. On a déjà vu mieux.
Plus performante et plus extravertie qu'une SC430, la XLR est cependant plus coûteuse et offre une valeur de reprise moindre que sa rivale japonaise. Qui plus est, elle n'a pas encore l'aura de fiabilité de Lexus. Par rapport à la Mercedes SL, la Cadillac est financièrement plus accessible, mais n'a pas la même qualité (matériaux, assemblage, etc.), ni une image aussi forte que l'allemande. Reste la XK, dont le seul charme suffit à repousser les attaques d'une XLR vieillissante.
Cet essai est tiré du livre L'auto 2009, disponible à La librairie.