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La mort du Grand Prix

Photo: Bernard Brault, La Presse

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Jean-François Bégin | La Presse

Publié le 8 octobre 2008 | Mise à jour le 10 octobre 2008 à 09h39

L'exclusion du Grand Prix du Canada du calendrier de la saison 2009 de Formule 1 a eu l'effet d'une bombe à Montréal, hier, mais ce n'était au fond qu'une question de temps avant qu'un tel dénouement ne se produise.

 

Tout ce qui surprend, c'est que la fin survienne si vite, alors qu'il reste encore trois années à courir à l'entente de cinq ans qui liait le promoteur Normand Legault au grand argentier de la F1, Bernie Ecclestone.

Aucun signe avant-coureur ne laissait présager la disparition immédiate de l'épreuve, dont la première présentation au circuit de l'île Notre-Dame, il y a exactement 30 ans aujourd'hui, s'était conclue par la victoire du Québécois Gilles Villeneuve. Après tout, l'escale montréalaise figurait au calendrier provisoire de 19 épreuves que la Fédération internationale de l'automobile (FIA) avait rendu public, à la fin juin.

La FIA et M. Ecclestone ayant refusé de commenter la nouvelle, hier, il est difficile de savoir avec certitude les motifs exacts de la décision du Conseil mondial du sport automobile, de même que la nature des clauses échappatoires ayant permis la résiliation du contrat.

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Dans un communiqué, M. Legault, qui se trouve en Europe, a indiqué avoir appris la nouvelle par la voie des médias et a préféré ne pas en dire plus avant d'avoir pu discuter avec la FIA et Formula One Management, la société que dirige M. Ecclestone.

Un sport en mutation

Le promoteur du Grand Prix montréalais n'a toutefois jamais caché que la nouvelle réalité économique de la F1 rendait périlleuse la survie à long terme de l'épreuve montréalaise.

Rien n'est éternel en F1. La moitié des 16 Grands Prix nationaux présentés en 1978, l'année de la victoire historique de Gilles Villeneuve, ont depuis disparu. Seules trois épreuves - celles de Monaco, Monza et Hockenheim - ont encore lieu sur le même circuit qu'à l'époque, tandis que des pays comme les États-Unis, la Suède, l'Autriche, l'Afrique du Sud et les Pays-Bas ont tous perdu leur course.

Bref, les jours folkloriques où la F1 se contentait de ses marchés traditionnels (Europe et Amériques) sont révolus. Depuis quelques années, Bernie Ecclestone s'est résolument tourné vers l'Asie. Cette orientation s'est manifestée par l'apparition de nouvelles épreuves à Bahreïn, Shanghai, Istanbul, Singapour et, à compter de l'an prochain, dans l'émirat d'Abou Dhabi, où le circuit empruntera un tronçon... sous-marin!

Au-delà de leur situation géographique, ces nouvelles escales du grand cirque de la F1 sont unies par la volonté de leurs dirigeants politiques de payer une fortune pour construire des circuits à la fine pointe de la technologie - et pour ensuite obtenir de M. Ecclestone le privilège de voir les Ferrari, McLaren et autres BMW rouler dans leur cour.

Quand on a les poches pleines de pétrodollars, c'est évidemment plus facile. «À Bahreïn et dans les pays arabes, il n'y a pas de tradition de Formule 1, mais il y a de l'argent», disait Normand Legault à La Presse, en juin. «On ne peut pas rivaliser avec ça. Si le prix du plateau continue de monter, tout le monde occidental sera incapable de suivre.»

Bernie Ecclestone affirmait l'an dernier que de tous les Grands Prix, le GP du Canada était celui qui lui versait le moins d'argent pour faire venir la F1. Qu'elle soit de 12 ou 20 millions$ - les estimations varient - la somme ne représente qu'une fraction de ce que paient les nouveaux arrivants de la F1.

Un GP souvent menacé

Ce n'est pas la première fois que le Canada perd son Grand Prix. En 1987, une dispute entre Labatt et Molson avait forcé son annulation. Puis, en 2003, la F1 avait rayé l'escale montréalaise de son calendrier en raison des dispositions des lois antitabac, qui interdisaient les commandites de fabricants de cigarettes. Un compromis avait fini par être trouvé: M. Legault et les gouvernements du Québec et du Canada avaient versé près de 30 millions de dollars aux écuries privées de leur commandite du tabac.

Cette fois, la partie promet d'être plus rude, et pas seulement parce que la place habituelle de Montréal dans le calendrier 2009, en juin, a été attribuée au GP de Turquie (en 2003, Montréal avait au moins gardé sa place à titre provisoire).

«Il faut reconnaître qu'aujourd'hui, il y a de plus en plus de pays qui veulent un Grand Prix, a dit hier le maire Gérald Tremblay. Ce n'est plus une question de promoteur privé, mais de pays. Il y a des pays qui sont prêts à payer des sommes considérables pour avoir une course, notamment pour les retombées économiques et la visibilité internationale.»

Autrement dit, un sauvetage du Grand Prix du Canada, au demeurant improbable, coûterait cher. Et l'argent ne pourrait venir que d'une poche: celle du public. Dans le climat économique actuel, certains seraient tentés de dire qu'il y a autant de chances que ça se produise que de voir Gilles Villeneuve reprendre le volant.

 

LES SUBVENTIONS AU GP

En 2008, le Grand Prix a reçu 5,5 millions :

2 millions de Québec

1,25 million d'Ottawa

1 million de Montréal

1,25 million de Normand Legault

Ces sommes ont servi à la rénovation de la salle de presse et des paddocks. Aucune somme n'était prévue en 2009.

 

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